Présentation

Né en 1946 à Tourcoing

En 1964 à Claude Bernard prépare le professorat d’Arts Plastiques

En 1967 obtient le troisième Prix du Dôme de peinture (Jury : Pignon, Singier, Sonia Delaunay, Nallard etc)

En 1980 découvre la technique du laque.

En 1983 exposition au Salon d’Art Contemporain de Gisors.

En 1985 lauréat du Salon du Val d’Or à Monchaut.

Sélectionné au Grand Prix de France de Peinture, lauréat départemental en 87.

Donne des cours sur l’histoire de la sculpture contemporaine à l’Ecole supérieure du Paysage de Versailles.

En 1987, lauréat du concours organisé par la Monnaie de Paris, réalise le dessin de la pièce de 10Francs (Roland Garros)

En 1990 exposition au château de Trie-Château avec JC Le Gouic et Daniel Mohen.

En 1994 Exposition au « Bateau Lavoir » à Paris en compagnie de Daniel Mohen

Exposition en 1995 à l »Atelier de « La Colombe Poignardée » à Montjavoult (60) puis en 1997 et 99

Exposition collective avec le groupe Art d’Oise en Juin 2000 au Château de Gisors

De 2003 à…2011 expositions dans le cadre de « L’Art Buissonnier » et « Jardins de Montagny » à Montagny en Vexin

En 2007 2008 exposition « Manganèse » et «  Art à la Marge » à Vauréal et Eragny.

En 2009 exposition au centre ART’M de Montmagny

En 2007 et 2009 exposition au  « Grisy- Code » de Grisy les Plâtres

2009, exposition à Bezons dans le cadre de « Rev’arts »


TEXTES

Ecrit à l'occasion de l'exposition à Gisors dans la chapelle peinte par Dado

     Faire œuvre est presque toujours pour moi cette question inquiète, obstinée : qu’est-ce qu’habiter un corps ?, qu’est ce que cette surface ténue, indécise, cette frontière de peau entre moi et le monde qui me fait dire que j’ai un corps et que je reconnais l’apparition de l’autre…Le verre, le plexiglas sont les instruments plastiques qui me servent à dire cela, à dire comme une obsédante rengaine l’inassouvi désir de donner une image aux luisances secrètes, à l’impalpable transparence, aux surfaces incertaines, à la certitude de l’apparaître.

       Mais ce qui fait présence souvent échappe

       Alors il faut persévérer….

       Persévérer encore, s’évertuer à ces rêves de verre. Le Musagète (nom ancien d’Apollon, le meneur de muses…image de l’artiste ?) s’érige et mène le bal ancien des filles de Mnémosyne (les muses étaient filles de la déesse de la mémoire)....

        Dans le four l’incarnat brulant du verre se love en lave lente sur le plâtre pale.

Incarner

Incarner et reconnaitre.

        Le saviez-vous ?...le verre est liquide toujours et mime le minéral et le cristallin….

        Le verre est une matière qui rêve, elle prend corps et se veut peau…

         Le verre est miroir aussi et se fait eau….l’eau de la fontaine ou Narcisse se mira, se noya, l’eau de la mer ou Icare sombra

Vers quel vertige ?

Rêve de verre

         Echappée belle de la lumière, piège profond de la couleur, or lustré au creux des corps.

         Sévère vertu du verre, immémorial et fragile.

 

         Un souvenir encore, de naissance perpétuée

 


  La représentation du corps a été à l’origine des premières intuitions m’ayant permis de pressentir ce qu’il m’importait de dire par la création plastique. Je reste fidèle à ce désir là.

   Le corps donc, ou plutôt sa présence….ce qui nous fait ressentir un ensemble formel dessiné, peint ou modelé comme étant capable d’être devant nous comme l’écho d’un corps vivant.

   Mais cette approche fait courir le risque de formules largement ressassées par le passé de l’art, aussi faut-il se défier de la ressemblance, et comme le dit Jean Clair à propos d’Eugène Leroy chercher « l’apparition donc et non l’apparence, la manifestation de l’être non sa définition ».

    Cette « apparition », cet « apparaître » je l’ai d’abord cherché dans l’obscure profondeur des laques, cette lumière noyée d’ombre dans les vernis qui en protègent la rare émergence. Puis à la manière de ces peaux d’insectes abandonnées après leur mue j’ai tenté de montrer ce passage entre le corps et le monde qui nous rend présent dans le visible….et ce fut la découverte des matériaux de la transparence, plexiglas en particulier ;    il n’avait pas pour objectif de « surprendre » ou de profiter de l’esthétique flatteuse et photogénique de la traversée lumineuse et des reflets, il ne se voulait  pas effet, mais questionnement : qu’est-ce qu’un corps…. ?, qu’est-ce qui nous fait dire que nous « avons » un corps…. ? quelle est cette frontière de peau entre moi et le monde qui me permet d’affirmer qu’à l’intérieur « c’est moi »…. ?

    La technique utilisée laisse apparaître des « failles », des « glissements » entre les plaques transparentes, comme une fragilité des apparences, comme une respiration de l’être qui le ferait communiquer avec le monde par toutes les fêlures de sa cohérence…

    Et enfin le thermoformage du verre (fusing) me permit de tenter une synthèse entre les différentes techniques que j’avais abordées, il conciliait la profondeur de la couleur et l’immanence des laques avec, la rêverie de transparence du plexiglas, les diaprures de l’ombre et l’ouvert lumineux…..

   Fait à Montagny, mars 2011


Introduction pour un projet destiné à un espace consacré à la musique

 

Lovés

 

   Ce fut lors de l’ouverture du four…..830°…..le verre était d’un étrange rouge….à la fois profond et lumineux, transparent et abyssal, et il y avait ce désir, ce désir là, presque irrépressible de le toucher du doigt, voire même de se lover dans le nid incandescent, embryon flamboyant au ventre de la flamme….

 

   Le dessin est transport, figurer un corps épousant la surface arrondie du verre ductile que la chaleur, que son propre poids transforment en demi-sphère, me permettait de réaliser en partie l’impossible tentation….

 

   Transparence, transparence comme un apparaître qui traverserait la surface, une courbure concave ou convexe et l’arrondi du dos de l’homme répondrait à la vasque creusée du corps féminin….lovés l’un et l’autre….LOVE….l’éros amoureux des Danaés et Psychés effleurant les immémoriaux fantasmes de notre culture incarnée….

 

   Et les demi-sphères, l’une vers l’autre tournées recréant en leur vide la tension des deux corps…sphères, sphères intimes éclaboussées d’or …multipliées, chorégraphiant de leurs cadences cambrées la musique des corps…la musique des sphères….

 

 

Hervé DUETTHE….septembre 2010


Ecrit pour le projet réalisé en compagnie de Bernadette Wiener "La fille de DIBUTADES"

Le duo

 

 

 

Encore et toujours les mythes anciens nourrissent notre imaginaire. Nous voulions 'dire' le verre et 'dire' la terre et nous nous sommes laissé aller à rêver à la légende grecque de 'LA FILLE de DIBUTADES'. Mythe d'origine il  nous évoque l'ombre et la lumière, nous parle du fugace et de la trace laissée. En ce mythe, le verre lumineux et l'engobe d'argile peuvent dialoguer et ces matériaux prennent sens.... Tous deux 'arts du feu', ils peuvent relire leur origine, transmission de mémoire et de lumière, métamorphose de la matière pour nous dire aussi et toujours et encore l'humanité de chacun.

 


Ecrit pour l'hommage à Attar réalisé en compagnie de Rose Coogan

Entre l’ombre et la lumière,

La nuée suspendue

 

   La terre sombre, mordorée a son langage……

           Ainsi que le verre…..transparence irisée…..

   Faire œuvre de ces matériaux, c’est peut-être avant tout être à l’écoute de ces langages et savoir en communiquer le dialogue.

                 Notre projet s’est construit sur cette certitude….

   Un ancien texte d’un poète soufi, Attar nous évoquait «  Le Langage des Oiseaux »….Ces oiseaux, figures de toute quête, dont  le fabuleux voyage les mena à la rencontre d’eux-mêmes, images dans le miroir….

   La quête….c’est l’épreuve du feu, l’épreuve du four pour nos matériaux de sculpteur, et la toujours incertaine naissance de la forme….

   Et c’est ainsi que nous avons construit l’espace de l’œuvre : émergeant du sol la transparence de flamme des verres, en suspend la libre nuée des oiseaux de terre…entre les deux le regard erre et danse et bascule dans le rond miroir, là ou la terre devient ciel.

 

 


Texte pour « Rev’Arts »

« Cette question là toujours, obstinée : qu’est-ce que cela fait que d’habiter un corps ? et dans le monde du visible qu’est ce que cette surface ténue, indécise derrière laquelle se pressent un « être » une existence… ?

  La possibilité de mettre en forme la transparence du plexiglas m’a offert l’instrument plastique me permettant de donner une figure à cette question. Il s’agit de transpercer l’apparence pour faire surgir l’apparition, il s’agit de laisser glisser entre elles les strates des plaques pour questionner la cohérence qui nous fait «  être », il s’agit encore de rendre visible dans un conflit entre la lumière et l’espace l’audace qu’il y a à pouvoir dire « je ».

  On ne peut feindre d’ignorer que cette question là n’est pas forcément des plus originales et qu’elle parcourt le siècle en un incessant ressac d’œuvres inquiètes. Pour un bon nombre d’artistes et non des moindres elle fut la question même qu’il convenait de ne pas se poser. Pourtant, encore et toujours, comme une obsédante rengaine, l’inassouvi désir de donner un corps aux luisances secrètes, à l’impalpable transparence, aux surfaces incertaines me pousse à œuvrer. »


Représenter le corps….soit…

Le corps….ou plutôt sa présence….

   Ce qui nous fait ressentir un ensemble formel dessiné, peint ou modelé comme étant capable d’être devant nous comme l’écho d’un corps vivant.

   Pout Art’Hieul, deux sculptures. Et toutes deux se veulent à leur manière un échange de perception entre le corps et l’univers de la forêt. L’une, « L’Arpenteur » passe entre les arbres et sait qu’ils ne peuvent qu’être rêvés et non mesurés ; quand à « L’Effeuillée », elle cherche à la limite de sa peau la sensation de la lente respiration des arbres….Voici ce qu’ils nous disent :

 

Le dit de « L’Arpenteur de Brumes »

Le mesure est l’arpent

Et c’est au passage de mes pas que s’élabore l’espace

J’aimerai donner le chiffre de l’indéfini des brumes

Mais la brume est en moi

Elle est l’échappée de mes souvenirs

Je me dilate au monde

 

Le dit de « L’Effeuillée »

Sentir aux confins de ma peau la minuscule déchirure

De la feuille séparée

En mon ventre la sève se love

Et tout au long de mon corps l’effleurement essoufflé de sa chute languide

En mes cuisses la sève se terre

Pour s’ouvrir enfin à l’ivresse pourpre et or

De la transparence retrouvée.

 

Hervé Duetthe,


TEXTE écrit en 2000 à l'occasion de l'exposition dans "La Tour du Prisonnier" au Château de Gisors

 

« Imaginales et Carapaces » ; Tour dite « Du prisonnier »

  Le titre « imaginale » évoque ces mues d’insecte tel les libellules et les cigales qui gardent la forme de l’avant dernière mutation et qui dans leur transparence ambrée sont des dépouilles de vie à venir. Pour le peintre la « peau » est le tableau, c’est ce qu’il caresse ou griffe, ce qu’il nappe de couleur ou recouvre d’empâtement pour en faire hors de son corps un corps, une surface de corps donnée à voir. C’est peut-être ce qu’a voulu dire Titien dans ce qui est sans doute une de ses dernières œuvres, le « Marsyas » : Marsyas dans la mythologie antique est ce faune joueur de flûte qui entraînait dans la liesse et les danses les hommes et les nymphes, il voulut défier Apollon, maître des arts savants, joueur de la lyre mathématiquement accordée qui pouvait accompagner la parole et le chant. Vaincu dans ce tournoi il fut écorché pour avoir voulu faire de l’art une chose populaire. C’est donc bien à une interrogation sur le rôle de l’art que se livre Titien : la peau de Marsyas est la surface somptueuse et cruelle, coupable peut-être, sensuelle sans aucun doute de son œuvre passée.

  Dans le travail d’Hervé Duetthe, les formes cintrées et luisantes, translucides ou obscures des tableaux sont les peaux déposées de ses sculptures : elles sont réalisées à l’aide des empreintes des moules qui servirent à leur élaboration et gardent des volutes de leurs ornements déstructurés l’obscure dorure d’un décor tendant à se faire corps.


texte pour l'exposition à Meaux en 2002

Texte pour exposition de Meaux

  " Il est des parcours artistiques qui se confrontent au contemporain de l'art et luttent avec obstination pour être au coeur du débat, il en est d'autres plus intimes, hantés par un entrevu inaugural et qui sans cesse sont en quête d'un moment pressenti.... J'étais jeune étudiant en art et avait passé mon après-midi à tenter de dessiner un modèle, une "académie" et les lignes fuyaient sans incarner nulle forme viable, ne laissant que balafres rageuses...pourtant lorsque je quittais la séance le dessin raté s'était imprimé avec tant de prégnance en moi qu'il me semblait qu'il se superposait à toute forme vue avec la présence têtue de ce qui prend corps...et c'est cet apparaître que depuis lors je cherche à capter dans le jeu fuyant des transparences."



TEXTES d'Agnès LHERMITTE

Texte d’Agnès à propos des laques exposées au « Bateau- Lavoir »

 

J’ai aimé

cette présence sourde et puissante

          qui s’efface et s’impose

           qui se fixe et s’enfuit

prise dans la glace, la laque, la carapace

              Mais quoi frémit ?

       Un souvenir de fluide, de soie bruissante

        Parole gelée dans un décor de flamme

 

 

Cette présence qui s’encadre, s’érige, s’étale,

éclate du monde, se recadre, se décale

                 se creuse dans l’obscur

                  surgit flottant du vide

          éternel devenir

           chaque fois exécuté

    la chair s’allonge, se tord

    la matière vibre en lumière

    Et s’il y avait une âme ?


SUSPENS

 

  Deux groupes de corps dégringolent face à face. Leur chute est ralentie : chacune des silhouettes écarte les membres au bout du fil invisible qui le retient, et attend. D’ailleurs, il n’y a pas de chute : les corps flottent en apesanteur. Un mouvement s’esquisse même, élève en l’air les deux séries qui s’incurvent.

  La double courbure laisse place à un orbe central, entrouvert. On entre dans cet espace accueillant, l’œil circule entre les plaques de verre.

  Et tout se fait mobile.

 

 

  Chaque rectangle de vitre conserve l’empreinte d’un corps, pellicule de terre brune plaquée dans l’air.

Les éclats d’homme se multiplient- sans faire masse

Glissent les uns sur les autres- sans s’agglutiner

Prennent volume- sans épaisseur ni pesanteur

S’animent d’un souffle invisible

 

Archipel semé d’ocre

Frémissement d’astres

Pulsation scintillante

Chœur dansant

Rotation

 

 

Vitre

Vide        Vive

Vibre              Vire

Vie

 

 

On jubile gravement, intensément


Texte d'Agnès à propos du "Marsyas" exposé à St Clair sur Epte

 

Haute tension

 

 

Le piano est un instrument à cordes.

La lyre aussi, déjà ; des cordes tendues sur un cadre.

 

C’est Marsyas qui est tendu en travers du cadre.  Le satyre se tord, s’écartèle, se fend.

A côté, le Musagète s’érige en ogive.

 

Les deux corps luisent.

         La musique s’est glissée dans le verre.

Elle les enflamme

                Les irise

                      Les fuselle.

 

 Piano ?  Forte ?


Texte d'Agnès rédigé à l'occasion d'une exposition aux "Jart'dins de Montagny" en 2005


Perversions bucoliques

 

Trinité d’écorchés

Suaire rutilant d’or et de sang

Tendu entre les arbres

Le vent d’une musique neuve

Siffle pour la triple dépouille

L’ironique victoire

Au vieux satyre en pièces

 

Au fond de la caverne

Le grand dieu dégradé

Tente une forme exsangue

Masse acéphale et creuse

Criblée de décors en débris

En sourdine

Pauvre Gilles !

*

Une ronde de nymphes

Bombe la cuisse et le ventre

Le flux des couleurs, dense

Fait le détour du verre

Pour animer l’esquisse

Et enfler la substance

La chair s’amuse